Il ne m’invita point. Je lui en fis grief.
« Comment, mon cher voisin, vous que depuis longtemps
je connais, je côtoie ; que je rencontre aussi
chez la gent animale. Ils prennent du bon temps
s’abreuvent de vins fins, de plats et mets exquis
je ne suis point convié à ce festin de roi ?
« Cher voisin, me dit-il d’un ton condescendant,
je reçois qui me plaît. Ce n’est pas votre cas.
De plus, pour couronner l’heureux événement,
il prit une compagne belle et riche à la fois.
Dès lors, il fut reçu comme s’il était roi.
Sa pitance, a t-on dit - j’en devins fort jaloux -
par cent soixante dix il la multiplia,
ce qui des animaux entraîna le courroux.
J’étais gras comme un loir, je me mis au régime.
Je perdis vingt kilos et aussi le sommeil.
« Un jour, ce sera moi, mais il faut que je trime
pour monter sur ce trône à nul autre pareil...
Et aujourd’hui, j’y suis. C’est moi, je suis le roi.
Partout on m’applaudit, on me choie, on me loue.
Je vais, je vas, je viens, je fais même la loi.
Comme je ne veux pas qu’on me traîne en la boue
j’ai baissé mon salaire afin que chacun voie,
que tous en soient conscient, que chacun reconnaisse
que moi, puisque je suis le maître de ces bois,
je fais ce que je dis et je tiens ma promesse.
Moralité :
Le renard est rusé : La Fontaine l’a dit.
Ésope l’avait écrit quelque siècle avant lui.
Des mots, encore des mots. Mais pour y voir de près,
il faut ouvrir en grand et les yeux et l’esprit !
Car cent soixante dix moins trente cela fait
cent quarante, je crois. Cent quarante, petit !
Combien avez-vous dit ?